ALONE - ALIVE (Août)

Publié le 31 Mars 2020

AOÛT
Il passe une semaine chez des amis à la campagne. Il dort dans une petite cabane posée au milieu du terrain. La surface fait à peine plus que son lit. 2 x 2 m. Soit 4 m². En pleine nature. Une grande porte-fenêtre au bout du lit. Quand il s’endort et quand il se réveille il ne voit que le champ autour de lui. Il est bien. Il peut entendre les insectes, les chauves-souris et les hiboux la nuit. Il peut entendre les oiseaux chanter le matin. Il se réveille en regardant ses pieds dans son duvet devant cette étendue d’herbe derrière la vitre. Et il ne peut pas s’empêcher de penser à elle. Quand il s’endort et quand il se réveille.

Ils ont toujours aimés les trips comme ça. Partir et se retrouver isolés, dans un endroit atypique. Une yourte, une roulotte ou simplement un petit appartement paumé dans les Pyrénées. Sa mère leur avait même offert pour son anniversaire, une smartbox ‘hébergements insolite’, qu’ils n’ont jamais utilisés. Il a toujours la boite dans un tiroir. Il n’a pas envie de l’utiliser. Tout seul ? Avec une autre ? Cela le met mal à l’aise. Personne ne pouvait prévoir. N’en déplaise à certains, il ne s’imagine pas partager ce voyage. C’est gâché.  Mauvais présage.

Il rêve d’elle toutes les nuits. D’habitude, il ne se souvient pas de ces rêves. Mais en ce moment, il y a quelque chose de persistant.

Soit tout est normal. Ils sont ensemble. Cela n’a pas d’incidence sur l’histoire. Rien n’a changé. Ils sont ensemble. C’est tout. Rien d’anormal.

Soit ils se retrouvent. Il rêve qu’ils se croisent dans un couloir. Ils commencent à discuter. Et il arrive enfin à lui dire. Elle est belle. Il lui a dit 100 fois. Il lui a dit 1000 fois. Ça a perdu de son sens. Il l’aime. Il n’a jamais connu ça. Il n’a peut être jamais été amoureux avant. Enfin pas comme ça. Enfin différemment. Il perd ses mots. Mais il arrive à lui dire qu’elle lui manque. Il pense à elle 10 fois par jours. 100 fois par jours. Dès qu’il a un moment seul. Et étant au chômage, il a des moments seul. Il aurait voulu l’épouser. Une fois il s’est mis à genou. Ils ont tout pour être heureux. Il lui dit tout ce qu’il a sur le cœur. Elle le regarde. Et sans un mot. Elle l’embrasse. Puis ils s’enfuient dans ce couloir. On leurs tirent dessus. Ils arrivent à s’échapper en passant par une trappe étroite. Poursuivis pour des espions russes. (C’est un rêve)

Et chaque matin il se réveille avec l’impression que tout cela est irréel. Qu’elle est avec lui. Dans son lit. Et il se lève pour retrouver ses amis, autour d’un café. Tout le monde est bientôt prêt pour aller se baigner.

Il a craqué pendant le séjour. Il a pris en photo sa chambre avec son téléphone. Il lui a envoyé via WhatsApp, en commentant : « J’aimerai tellement être avec toi… »

« Pensez au contraste attristant qui existe entre l'intelligence rayonnante d'un enfant bien portant et la faiblesse mentale d'un adulte moyen. » (L'avenir d'une illusion (1927) de Sigmund Freud)

« Nous ne sommes jamais aussi mal protégés contre la souffrance que lorsque nous aimons, jamais plus irrémédiablement malheureux que si nous avons perdu la personne aimée et son amour. » (Malaise dans la civilisation (1930) de Sigmund Freud)

« Qui naît mélancolique tête la tristesse en tout évènement. » (Lettre, à Stefan Zweig de Sigmund Freud)

Une femme qui pense que la vie est belle. C’est une conne !
C’est pour ça qu’il aime les filles dépressives.
En fait, dans sa tête elle était la belle et lui la bête. Mais en vérité la belle ne tombe pas amoureuse du monstre.

Rédigé par supersly

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