CONFINEMENT — JOUR 3

Publié le 20 Mars 2020

Il se marre. Il est assis dans sa cuisine. Il ouvre une cannette. Deux ans qu’il est au chômage. Deux ans qu’il ne sort pas de chez lui. Et il entend les gens paniquer autour de lui après une quelques jours enfermés. « Parles-en à un taulard ! Connard ! » Il ne peut pas s’empêcher de rigoler. Pour l’instant, pas beaucoup de changement pour lui.

 

Il a bien fallu sortir hier. Histoire de faire quelques réserves. Il en a profité pour tout acheter d’un coup. Il a des steaks hachés, du lait et du gruyère râpé. Il est allé faire quelques courses au Monoprix. Le rayon pâtes a été dévalisé. Il n’y a plus de pain de mie. Il a pris le dernier paquet de purée… Ils s’approvisionnent en flingues aux États-Unis. Il se dit que malgré leur connerie, les plus cons ne sont pas les Français. Être né sous le signe de l’hexagone n’est pas vraiment une sinécure, mais c’est peut-être pire ailleurs. Il ne peut qu’halluciner en regardant l’étalage de café vidé. Il ne vit pas dans un bunker. Le monde est taré. Il avait l’espoir que la solidarité allait s’organiser. En regardant ce qu’il reste comme Sopalin et comme PQ dans le magasin, c’est pas gagné.

Il a rempli son Frigidaire de bières. Il a des cacahouètes, de l’herbe, des feuilles et des clopes. Fier, il peut tenir quelque temps. Pour l’instant pas la peine de faire une syncope. Il a de quoi aller de l’avant. Il n’est pas inquiet. Pas de parano. Il est prêt. Il regarde son frigo, ouvert. On verra dans un mois et demi. Son dealer lui a fait cette réflexion de philosophie. Il achetait de la weed pour être tranquille les jours suivants. Il lui a dit : « On pense que parce que le soleil se lève tous les matins. Il continuera à se lever jusqu’à la fin. » Apocalypse. Ragnarök. Collapsologie. Il réfléchit à cette conception de l’avenir et de la vie. En science, si on répète la même expérience plusieurs fois et que le résultat est le même, on peut conclure que c’est une loi. Et des fois, ça rate…

 

Le président a fait son allocution lundi. Il a demandé à tout le monde de rester chez lui. On est jeudi.
Il est peinard comme d’habitude, dans son appartement. Il en a marre, il ressent la solitude. Mais pas plus qu’avant.

Prendre une cuite tout seul… Un apéro sur Skype… Le commun des mortels découvre ça. En célibataire, il préfère en rire. Ne racontons pas n’importe quoi. Il ne peut simplement pas sortir, pour l’instant, avec ses amis boire un coup. En même temps, en ce moment, il ne les voyait pas beaucoup. Alors ça ne change pas vraiment…

 

Il a appelé sa grand-mère. Prendre de ses nouvelles. Il l’appelle une à deux fois par mois. Ou plutôt une fois tous les uns mois ou deux. Soyons honnêtes, soyons sérieux.

 

Son meilleur ami a dévissé. Il a regardé le Fléau de Stephen King. Le film en plusieurs épisodes avec la crème des acteurs de séries de M6 (avec Rob Lowe). Il a décidé de partir en exode rurale. Il veut rejoindre le Sud. Et retrouver Abigaëlle. Ça va être rude. Ils se sont téléphoné avant de partir, vendredi. Il lui a promis. Il l’y a une place dans la voiture. Mais il a préféré rester chez lui. D’après son pote, ça va être dur.

 

Son ex est partie à la campagne avec son nouveau mec. Elle a préféré fuir la ville et tout ce qui va avec. Elle a sûrement eu raison. Ils seront plus heureux loin. Il aimerait être avec elle quand il tourne en rond. C’est rien. Ils ressortiront plus amoureux. C’est dans l’épreuve qu’on se rapproche. Pour eux, c’est mieux. Pour lui, c’est moche. Mais il ne sera pas plus envieux qu’auparavant.

 

Dans 45 jours il sera encore là. À peine plus déprimé que ce qu’il était quand tout cela a commencé. Il s’est entrainé.

Rédigé par supersly

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